Dans l’Aquarium, cinéma mon amour

By | septembre 7, 2017

En août 2016, l’association Entre les mailles – dédiée à la création audio-visuelle émergente – avait la meilleure idée qui soit : reprendre le vidéo-club Atmosphère, au coeur de la Croix-Rousse, pour le transformer en ciné-café.

Un an plus tard, le 10 rue Dumont est devenue une adresse précieuse pour beaucoup de monde : les cinéphiles, qui savent que là ils peuvent louer un des 17 000 DVD du fonds du vidéo-club ; les amateurs de courts-métrages ; les auteurs de scénarios qui trouvent ici un espace d’échanges ; les curieux de l’image qui veulent apprendre à en faire ; les assoiffés qui profitent du bar pour se poser un peu… Chaque semaine, les moelleux canapés attirent les spectateurs qui peuvent revoir un classique, découvrir un film rare, discuter avec leurs voisins, jouer (oui, il y a des quizz, aussi).

C’est ouvert du mercredi au dimanche soir (vous savez, ce moment du week-end où la fin approche et où le stress du lundi commence à monter, eh bien en fin d’après-midi dominicale, Aquarium propose un film, et c’est vraiment cool).

10 rue Dumont, Lyon 4e – A 200 m du métro Croix-Rousse.

Et pour le programme, c’est là : http://aquarium-cine-cafe.fr/

 

 

Ici et là

By | septembre 7, 2017

Promenade en bas de chez moi

 

En bas de chez moi, il y a un quincaillier. Il est là depuis cent ans tout ronds. D’ailleurs, c’est écrit sur sa devanture : XXX, quincaillier depuis 1912. L’un des employés a l’air d’avoir cent ans lui aussi. On dirait que lui aussi est là depuis l’ouverture du magasin. Tous les soirs, je le vois disposer les grilles qui protègent les vitrines. Avec sa barbe en collier, sa blouse aussi grise que sa barbe, les mêmes gestes exécutés toujours à 19 heures tapantes, il m’évoque un passé qui m’angoisse, celui qui sent la poussière et les habitudes qui ont la vie si dure qu’on dit qu’elles perdurent. Depuis peu, une jeune femme est venue rejoindre l’équipe. Une femme dans cet univers masculin dédié au gros bricolage, voilà qui fait moderne. Elle aussi s’enveloppe dans une grande blouse grise, pour se fondre dans le décor si chargé que l’on ne distingue plus rien. Si on vient à presque 19 heures dans cette quincaillerie, on n’y est pas le bienvenu, on sent qu’on dérange parce qu’à 19 heures tapantes, ce sera l’heure de la fermeture.

En bas de chez moi, il y a une mercière. De la rue on aperçoit les ravissants produits qu’elle vend : fils et boutons de toutes les couleurs, rubans et pompons, galons brodés et jolis sacs à couture. Les merceries m’ont toujours fait regretter de ne pas savoir coudre, cela doit être si agréable de se procurer fils et boutons, rubans et pompons, galons brodés et joli sac à couture. Quand je vois la mercière, je me dis toujours que le mot mercier n’existe pas (ou plus ?).

À côté de ces commerces qui semblent des survivances d’une époque révolue, se succèdent des enseignes de téléphonie, un fast-food. Le décor de la rue est comme figé dans son histoire mais les façades racontent, elles, le temps qui passe. Les toits aussi : les antennes de télévision disparaissent. En haut des immeubles, l’horizon se transforme et se lisse. La fibre rend la modernité invisible.

Signe des temps, un commerce s’est posé là quelque temps, qui rachetait de l’or. Sa devanture était extrêmement laide, avec ses grands caractères dessinant de manière agressive le nom du propriétaire de ce magasin. Les couleurs étaient criardes, l’effet vulgaire. Une sorte d’accident visuel, sur ce trottoir aux vitrines tranquilles, si ce n’est coquettes. La vulgarité est contagieuse et ne fait pas de discrimination sociale : non loin de ce commerce pour personnes momentanément (ou durablement) désargentées, s’est ouvert un opticien. Visiblement, lui s’adresse aux myopes ou presbytes fortunés : les lettres dorées sur fond noir le proclament avec force. Le résultat est aussi laid que celui du racheteur d’or. Le bling voisine avec le cash. Heureusement, il suffit de faire quelques pas pour se réconcilier avec l’atmosphère du quartier : ici un herboriste dont la vitrine est si jolie que l’on aimerait remplir sa maison des tisanes proposées dans de ravissants coffrets ; là une épicerie italienne qui n’est que l’un des nombreux points de vente gourmands du quartier. Chocolatier, pâtissier, fromager, traiteur malgache… ma ville est gourmande et aime à le rappeler. Ici elle se fait village, et les terrasses dans l’été finissant sont autant d’invitations à profiter de la vie, juste en bas de chez moi.

 

 

Tu as tout vu, à Hiroshima

By | septembre 7, 2017

Dans un recoin de ce monde – Sunao Katabuchi

 

Découvrir un réalisateur dans un genre que l’on aime est toujours un bonheur. A fortiori quand c’est un de ces films qui vous emmènent avec eux dans une histoire forte et attachante : celle de la petite Suzu, qui grandit dans le Japon des années trente, est mariée à un jeune homme qu’elle ne connaît pas et s’en va vivre sa vie de jeune femme à Kore, port militaire et base stratégique quand le pays entre en guerre. Grande et petite histoire mêlées, magnifique portrait féminin qui se dessine alors que la tragédie d’Hiroshima s’inscrit de manière omniprésente : ville de naissance de Suzu, elle s’impose d’abord comme un futur annoncé puis comme le coeur épouvanté du film.
Adapté du manga de Fumiyo Kouno (publié aux éditions Kana), primé au dernier festival d’Annecy, Dans un recoin de ce monde n’est pas seulement un merveilleux film d’animation. Il est aussi l’occasion de découvrir enfin en salle le réalisateur Sunao Katabuchi, dont le précédent film, Mai Mai miracle, est sorti en France directement en DVD.